Style d’attachement : les 4 types, causes et évolution

17 min de lecture

Sur un long banc en bois, un capybara tient une tasse, bien installé au milieu ; une loutre serre son téléphone tout contre lui, et un lapin avec un casque audio est assis à l’autre bout, à une distance confortable

L’essentiel

  • Le style d’attachement est la façon habituelle de chercher la proximité et la sécurité dans une relation proche. Bowlby l’a d’abord décrit chez l’enfant.
  • Chez l’adulte, on le décrit avec deux axes, l’anxiété et l’évitement d’attachement. Leurs combinaisons donnent quatre types : sécure, anxieux, évitant et désorganisé.
  • L’attachement est un continuum, pas quatre boîtes : près de la frontière entre deux types, on porte souvent les traits des deux.
  • Il est moyennement stable mais bouge : en moyenne, l’anxiété et l’évitement diminuent avec l’âge, et les personnes en couple ont des scores plus bas.
  • Un style d’attachement est un mode de relation, pas un trouble de la personnalité. Repérer ses déclencheurs et dire clairement ce dont on a besoin est le premier pas vers la sécurité.

Le style d’attachement (attachment en anglais) est la manière dont tu cherches la proximité, la réassurance et la sécurité dans une relation proche : enfant, on se tourne vers ceux qui s’occupent de nous, adulte, le plus souvent vers un ou une partenaire ou vers ses amis les plus proches. Pour décrire l’attachement chez l’adulte, la psychologie mesure deux choses : à quel point tu crains d’être abandonné (l’anxiété d’attachement) et à quel point la dépendance à l’autre te met mal à l’aise (l’évitement d’attachement). Le croisement de ces deux axes donne les quatre styles dont on parle partout : sécure, anxieux, évitant et désorganisé.

Qu’est-ce que l’attachement ? Un programme interne pour les moments où l’on a besoin de quelqu’un

L’attachement est le lien affectif entre une personne et quelqu’un de précis, et la façon dont elle cherche de la sécurité auprès de lui quand elle a peur, du chagrin ou trop de pression.

Le psychiatre britannique John Bowlby a construit la théorie de l’attachement à partir de la fin des années 1950. Son idée centrale : un bébé pleure, s’agrippe et suit ceux qui s’occupent de lui parce que rester près d’eux le protège. C’est un système apparu au fil de l’évolution pour survivre, pas un caprice d’enfant gâté. Sa collaboratrice Mary Ainsworth y a ajouté la notion de « base de sécurité » : l’enfant qui sait son parent présent ose explorer le monde, et dès qu’il a peur, il revient se recharger (Bretherton, 1992). Adulte, on fonctionne pareil : on s’éloigne plus volontiers quand on sait que quelqu’un tient bon.

Un capybara à l’écharpe verte, une tasse à la main, est assis tranquillement sur un banc ; à quelques pas, une loutre choisit des biscuits devant un chariot et se retourne vers lui
Savoir que quelqu’un tient bon, c’est ce qui donne envie d’aller voir plus loin.

Bowlby pensait aussi que l’enfant se construit peu à peu, à force d’être entendu ou non, des « modèles internes opérants » (internal working models) : des attentes par défaut sur la question « est-ce que je mérite d’être aimé ? » et « est-ce que les autres sont fiables ? ». On les emporte ensuite dans les relations suivantes. En 1987, Cindy Hazan et Phillip Shaver ont transposé ce cadre à l’amour adulte, en défendant l’idée que tomber amoureux est lui aussi un processus d’attachement (Hazan & Shaver, 1987).

Au quotidien, cela ressemble à ceci. Il est trois heures du matin, tu as de la fièvre : à qui as-tu envie d’écrire en premier ? Et si la réponse ne vient pas, tu relances trois fois et tu appelles, ou tu avales un paracétamol en te disant que tu verras demain ? Ce réflexe, c’est ton système d’attachement qui travaille.

La théorie de l’attachement : du labo des bébés à l’amour adulte

La théorie de l’attachement vient de Bowlby, a été mise à l’épreuve par Ainsworth avec des observations, puis a gagné l’amour adulte à partir des années 1980 ; les « quatre types » qui circulent sur internet sont en réalité un assemblage de plusieurs recherches distinctes.

PériodeChercheur ou chercheuseContributionParticipants
Fin des années 1950John BowlbyThéorie de l’attachement : rester près de ceux qui prennent soin de nous est un système de protection innéNourrissons et jeunes enfants
1978Mary Ainsworth et coll.« Situation étrange » : trois types, sécure, évitant, anxieux-ambivalentBébés d’environ 1 an
1986 et 1990Mary Main et Judith SolomonAjout d’un quatrième type, désorganiséBébés
1987Hazan et ShaverTransposition à l’amour adulte, par questionnaireAdultes
1991Bartholomew et HorowitzQuatre catégories adultes, selon l’image de soi et l’image des autresJeunes adultes
1998Brennan, Clark et ShaverSynthèse de nombreux questionnaires : deux dimensions, anxiété et évitementAdultes

La « Situation étrange » (Strange Situation) est une observation en laboratoire conçue par Ainsworth : dans une pièce inconnue pleine de jouets, la personne qui s’occupe de l’enfant sort deux fois, la première en laissant l’enfant avec une personne étrangère, la seconde en le laissant seul, puis revient. Ce qui compte pour les chercheurs, c’est la scène des retrouvailles. Certains enfants vont directement vers leur parent, se laissent consoler et repartent jouer (sécure). D’autres se concentrent sur les jouets et évitent leur parent (évitant). D’autres encore sont collés et en colère, impossibles à apaiser, et ne retournent pas jouer (anxieux-ambivalent) (Ainsworth et al., 1978). Plus tard, Main et Solomon ont remarqué des enfants qui ne rentraient dans aucune de ces cases : ils s’approchent de leur parent en montrant de la peur, ou se figent d’un coup à son retour. D’où une quatrième catégorie, « désorganisée » (Duschinsky, 2018). On l’observe chez environ 15 % des bébés de familles de classe moyenne, et cette part peut être deux à trois fois plus élevée dans les populations à haut risque, par exemple en cas de maltraitance (van IJzendoorn et al., 1999).

Comprendre son style d’attachement : deux axes, anxiété et évitement

Chez l’adulte, on décrit le plus souvent une personne par sa position sur deux axes, l’anxiété d’attachement et l’évitement d’attachement, et les quatre styles ne sont que les quatre coins de cette carte.

  • L’anxiété d’attachement (attachment anxiety) : on craint d’être rejeté ou laissé de côté, et on a très envie que l’autre réponde pour se sentir aimé.
  • L’évitement d’attachement (attachment avoidance) : la proximité et la dépendance mettent mal à l’aise, et on préfère tout faire soi-même en gardant une distance de sécurité.
Carte des styles d’attachementL’axe horizontal est l’évitement (malaise face à la proximité) ; l’axe vertical est l’anxiété (peur de l’abandon). Leur combinaison donne quatre tendances d’attachement; Anxieux: Cherche la proximité, craint l’abandon; Désorganisé / craintif-évitant: Veut se rapprocher, a peur d’être blessé; Sécure: À l’aise de près comme de loin; Évitant / détaché: Tient à son indépendance, se retire quand ça devient intimeAnxieuxCherche laproximité, craintl’abandonDésorganisécraintif-évitantVeut se rapprocher,a peur d’êtreblesséSécureÀ l’aise de prèscomme de loinÉvitantdétachéTient à sonindépendance, seretire quand çadevient intimeFaibleÉlevéÉvitement (malaise face à la proximité) →FaibleÉlevéAnxiété (peur de l’abandon) →
L’attachement est un continuum, pas une case : la plupart des gens se situent près d’une zone et peuvent bouger avec le temps et d’une relation à l’autre.

Brennan, Clark et Shaver (1998) ont réuni les 60 sous-échelles et 323 items des questionnaires d’attachement adulte de l’époque. L’analyse a fait ressortir deux facteurs presque indépendants, l’anxiété et l’évitement. Quand on répartit les gens en quatre groupes selon leurs deux scores, on retrouve à peu près les quatre catégories de Bartholomew. Celui-ci raisonnait autrement : « comment je me vois » et « comment je vois les autres », ce qui correspond grossièrement à l’axe de l’anxiété (peu de confiance en soi) et à celui de l’évitement (peu de confiance dans les autres) (Bartholomew & Horowitz, 1991).

Un même coin de la carte porte plusieurs noms selon les études et les sites. Ce tableau de correspondance vaut d’être gardé.

Dans notre testAnxiété / évitementCatégories adultesAutres noms courants
Attachement sécurebasse / bassesécuresecure
Attachement anxieuxhaute / bassepréoccupéambivalent, insécure-ambivalent
Attachement évitantbasse / hautedétaché (dismissing)fuyant, évitant-détaché
Attachement désorganiséhaute / hautecraintif (fearful)peur-évitant, évitant-craintif

Les catégories adultes viennent de Bartholomew et Horowitz (1991) : secure, preoccupied, dismissing, fearful en anglais. Quand tu lis un article en anglais, ces quatre mots renvoient au tableau.

Le parallèle avec l’enfance est possible : les quatre coins correspondent en gros aux types sécure, anxieux-ambivalent, évitant et désorganisé du bébé. Mais l’enfant est classé par un observateur, et l’adulte par ses propres réponses : les deux ne s’équivalent pas.

Ce modèle à deux axes apporte deux enseignements très pratiques. D’abord, l’attachement est un continuum, pas un jeu de boîtes. Fraley et al. (2015) ont utilisé une méthode taxométrique pour savoir si l’attachement adulte relève de types ou de dimensions, et les résultats penchent pour les dimensions. « Tu es anxieux » se dit donc plus justement « ton score d’anxiété est plutôt élevé », et près de la frontière entre deux types, on porte souvent les traits des deux. Ensuite, les deux axes sont indépendants : une anxiété élevée n’implique pas un évitement faible, et quand les deux sont hauts, on tombe dans la case désorganisée.

Les deux axes correspondent aussi à deux façons de gérer les émotions. Quand l’anxiété est élevée, le système d’attachement s’« hyperactive » : l’alarme est amplifiée et on s’accroche plus fort à l’autre. Quand l’évitement est élevé, il se « désactive » : on prend de la distance, on étouffe ce qu’on ressent et on reporte son attention ailleurs (Mikulincer & Shaver, 2019).

Notre test des styles d’attachement suit cette logique : 14 situations d’amour au quotidien cumulent un score d’anxiété et un score d’évitement, puis les seuils des deux axes te placent dans l’une des quatre cases. La page de résultat affiche aussi les deux scores, ce qui montre à quelle distance de la frontière tu te situes.

Les 4 styles d’attachement : sécure, anxieux, évitant, désorganisé

Ce qui distingue les quatre styles d’attachement n’est pas la quantité d’amour, c’est la manière dont chacun revient à la sécurité quand l’inquiétude monte.

StyleCroyance de départRéflexe quand ça inquièteCe que ressent l’autre
SécureJe mérite d’être aimé et tu es fiableEn parler, gérer ensembleStabilité, dialogue facile
AnxieuxJe ne suis peut-être pas assez, tu pourrais partirVérifier, revérifierSe sentir nécessaire, et poursuivi
ÉvitantJe me débrouille seul, dépendre est risquéSe retirer, gérer en soloFiabilité, mais porte fermée
DésorganiséJe veux être aimé, mais l’amour peut faire malChaud-froidDifficile à lire, épuisant

Le réflexe de la troisième colonne se comprend mieux dans une même scène. Un téléphone vibre. La personne sécure jette un œil, se dit qu’elle répondra plus tard et continue de boire sa boisson chaude. La personne anxieuse serre l’appareil à deux mains et veut savoir tout de suite ce qui est écrit. La personne évitante le glisse dans sa poche et se met à ranger ses écouteurs. La personne désorganisée tend la main vers lui, puis la retire. Aucune réaction n’est meilleure qu’une autre : chacune est le chemin de retour à la sécurité qu’on connaît le mieux.

Un capybara et une loutre assis sur le même banc de bois, un téléphone vibre : le capybara y jette un œil en continuant de boire son thé, la loutre serre le téléphone à deux mains, l’air tendu
Même notification : l’un boit son thé, l’autre serre son téléphone.

Attachement sécure (le chêne aux racines profondes) : anxiété basse, évitement bas

Une personne à l’attachement sécure n’est pas à l’abri de l’inquiétude : quand elle surgit, elle la dit plus facilement. Quand l’autre a oublié de répondre parce qu’il ou elle travaille tard, elle pense « c’est la course au boulot » et pose la question le soir ; en pleine dispute, elle propose de souffler dix minutes et revient vraiment. Sa limite : être si souvent le pôle stable qu’elle avale ses propres coups de mou, et face à un ou une partenaire plus anxieux ou plus évitant, cette stabilité peut passer pour de l’indifférence. Ce que font les personnes sécures sous pression, et comment on le devient après coup, est détaillé dans Attachement sécure : signes, causes et comment le devenir.

Attachement anxieux (le détective du « vu à 14 h 32 ») : anxiété haute, évitement bas

L’attachement anxieux désire beaucoup d’intimité et lit à la loupe les moindres changements de température : un ton plus sec, une story Instagram vue avec une réponse à tout le monde sauf à soi, et le théâtre intérieur commence. Cette sensibilité permet souvent de repérer un problème plus tôt que les autres, et d’en faire beaucoup pour la relation. Le prix : sa valeur personnelle finit confiée à la vitesse de réponse de l’autre, d’où les vérifications sans fin, voire le « je fais exprès de la ramener » pour tester, qui éloigne. Les déclencheurs et les façons de s’apaiser sont dans Attachement anxieux : définition, causes et apaisement.

Attachement évitant (l’île autosuffisante) : anxiété basse, évitement haut

La personne évitante (aussi dite détachée) prend très bien soin d’elle-même et ne confie pas son bonheur aux autres. Mais quand la relation approche d’une certaine distance, le pont-levis se lève tout seul : elle change de sujet quand on lui demande « on est quoi ? », disparaît après une dispute et répond « ça va » quand ça ne va pas. Cela ne veut pas dire qu’elle n’aime pas : dépendre de quelqu’un lui a plutôt appris que ce n’était pas sûr. Le détail des signes, de la « pause » et de la vie à deux se trouve dans Attachement évitant : signes, causes et vie de couple.

Attachement désorganisé (le chat du chaud-froid) : anxiété haute, évitement haut

L’attachement désorganisé (le plus souvent appelé « craintif » dans les recherches sur l’adulte) réunit une anxiété et un évitement élevés : on a très envie d’être aimé et très peur de se faire mal en se rapprochant. Quand l’autre s’enthousiasme, on recule ; quand l’autre recule, on panique ; et on ne sait plus soi-même ce qu’on veut. Ce mode est souvent lié à des expériences où la proximité et la blessure allaient ensemble, sans que chacun ait vécu un traumatisme évident, et ce n’est pas une maladie. Pour cette case, le premier pas n’est pas de se forcer à faire confiance sur-le-champ, mais de trouver une relation assez stable pour essayer petit à petit, avec un psychologue si besoin. Comment se forme cette tension entre rapprochement et fuite, et comment elle se desserre, est expliqué dans Attachement désorganisé : signes, causes et comment avancer.

Quatre styles face au « vu », à la dispute, aux parents et à la distance

Une même petite scène est lue de quatre façons par les quatre styles d’attachement, et c’est l’une des raisons pour lesquelles beaucoup de couples se sentent épuisés sans s’être vraiment disputés.

Anxieux et évitant :

SituationAnxieuxÉvitant
Message vu sur WhatsApp, pas de réponse depuis deux heuresJ’ai dit quelque chose de travers ?Tant mieux, pas de réponse à donner
Dispute suivie d’un silenceIl faut en parler jusqu’au boutDisparaître d’abord, on verra
Rencontre avec les parentsPeur qu’ils ne m’aiment pasRepousser autant que possible
Relation à distancePas de visio, pas de sérénitéÇa me convient très bien
« J’ai besoin d’espace »Il ou elle ne m’aime plusEnfin

Sécure et désorganisé :

SituationSécureDésorganisé
Message vu sur WhatsApp, pas de réponse depuis deux heuresIl doit être occupéEnvie d’écrire, mais pas d’oser
Dispute suivie d’un silenceFixer une heure pour en reparlerEnvie de se réconcilier et de fuir
Rencontre avec les parentsStress, mais hâteAccepter, puis regretter
Relation à distanceCaler un créneau de visioUn jour collé, le lendemain froid
« J’ai besoin d’espace »D’accord, on se voit quand ?Soulagement puis panique

Ces tableaux sont des repères, pas des étiquettes à coller. Quand l’autre te semble « excessif » ou « glacial », il ou elle lit peut-être simplement la même scène avec son propre scénario d’attachement.

Le piège anxieux-évitant : pourquoi ceux qui s’attirent le plus s’épuisent le plus

Anxieux et évitant se retrouvent souvent ensemble et se coincent dans une boucle où l’un poursuit et l’autre se retire : plus l’anxieux cherche à être rassuré, plus l’évitant veut de la distance, et ce recul confirme à l’anxieux que « ça y est, il ou elle s’en va ». Au moment du silence, l’image est classique : l’un tient son téléphone en cherchant les mots pour tout dire, l’autre a mis ses écouteurs et regarde par la fenêtre.

Une loutre et un lapin aux deux bouts du même canapé, un large coussin vide entre eux ; le lapin, casque sur les oreilles, regarde par la fenêtre, la loutre serre son téléphone et cherche ses mots
Plus l’un poursuit, plus l’autre se réfugie dans ses écouteurs.

La recherche voit des associations semblables. Kirkpatrick et Davis (1994) ont suivi 354 couples hétérosexuels : aucun ne combinait deux personnes anxieuses ou deux personnes évitantes. Les relations comprenant un homme évitant ou une femme anxieuse étaient jugées plus faiblement par les deux partenaires au départ, et pourtant étonnamment stables trois ans plus tard. L’étude date des années 1990 et porte sur des Américains, donc la question du genre ne se transpose pas forcément à aujourd’hui ; la conclusion utile est qu’une relation inconfortable ne s’arrête pas forcément d’elle-même, elle peut simplement rester coincée.

Pour défaire la boucle, chacun fait un pas en arrière : la personne anxieuse remplace « est-ce que tu m’aimes ? » par une demande précise, la personne évitante remplace la disparition par « je reviens à telle heure ». Si tu as souvent l’impression, à deux, de faire de gros efforts sans que l’autre les reçoive, les langages de l’amour complètent utilement : l’attachement dit d’où vient la sécurité, les langages de l’amour disent comment chacun a l’habitude d’exprimer qu’il tient à l’autre.

D’où vient un style d’attachement, et peut-il changer ?

Le style d’attachement dépend de l’histoire et des expériences relationnelles, il est moyennement stable, mais il évolue lentement avec l’âge et les nouvelles relations : ce n’est pas une condamnation à vie.

Les causes : les soins reçus sont un point de départ, pas le seul scénario

Selon la théorie de l’attachement, le fait que les réponses de ceux qui s’occupent de l’enfant soient stables et prévisibles est le point de départ des modèles internes (Bretherton, 1992). Les études sur les adultes vont dans ce sens : dans une enquête américaine représentative à l’échelle nationale, les adversités relationnelles vécues dans l’enfance étaient fortement associées à un attachement insécure à l’âge adulte (Mickelson et al., 1997).

Mais « tout est la faute de la famille » n’est pas exact non plus. Même pour le type désorganisé du bébé, les chercheurs notent que des comportements effrayants de la part de l’adulte peuvent jouer un rôle important, sans être la seule cause (van IJzendoorn et al., 1999). Les amitiés, les histoires d’amour, les ruptures et les fois où l’on a été bien accueilli continuent ensuite de réécrire ce scénario.

Comment se forme l’attachement : un cycle qui peut être réécritLes soins reçus dans l’enfance (Les réponses des adultes étaient-elles stables et prévisibles ?) → Ce que tu attends des autres et de toi (Est-ce que je mérite d’être aimé ? Peut-on compter sur les autres ?) → Ta façon de réagir en relation (Se rapprocher, vérifier sans cesse, ou prendre de la distance) → La réponse de l’autre (nouvelle expérience) (Accueilli, ignoré ou repoussé); La nouvelle expérience corrige les attentes: → Ce que tu attends des autres et de toi; Les attentes ne sont pas gravées dans le marbre : les amitiés et les amours qui suivent, chaque fois que quelqu’un est vraiment là pour toi, réécrivent peu à peu ce cycle.La nouvelle expérience corrige lesattentesLes soins reçus dansl’enfanceLes réponses des adultesétaient-elles stables et…Ce que tu attends desautres et de toiEst-ce que je mérite d’être aimé ?Peut-on compter sur les autres ?Ta façon de réagir enrelationSe rapprocher, vérifier sans cesse,ou prendre de la distanceLa réponse de l’autre(nouvelle expérience)Accueilli, ignoré ou repoussé
Les attentes ne sont pas gravées dans le marbre : les amitiés et les amours qui suivent, chaque fois que quelqu’un est vraiment là pour toi, réécrivent peu à peu ce cycle.

Stabilité : que signifie r = 0,39 ?

Pinquart et al. (2013) ont regroupé 127 études et plus de 21 000 évaluations d’attachement, de la petite enfance au début de l’âge adulte. La corrélation moyenne entre deux mesures est de r = 0,39, une stabilité moyenne, qui s’érode quand l’intervalle s’allonge et n’est plus significative au-delà de 15 ans d’écart. La méta-analyse de Fraley (2002) montre aussi une stabilité moyenne de la sécurité d’attachement durant les 19 premières années : l’expérience précoce laisse une trace durable, mais pas totale.

En clair, l’enfance laisse une empreinte, plus proche d’un réglage par défaut que d’un code écrit dans le marbre.

Vers où ça bouge : l’âge, la relation et la « sécurité acquise »

Chopik et al. (2019) ont combiné trois échantillons suivis dans le temps, soit 628 personnes, pour estimer les changements de 13 à 72 ans. L’anxiété d’attachement baisse en moyenne avec l’âge, et davantage à l’âge mûr et plus tard ; l’évitement diminue lentement tout au long de la vie ; et les personnes en couple ont des scores d’anxiété et d’évitement plus bas. Arriaga et al. (2018) ajoutent que les deux axes ne se desserrent pas de la même façon : l’anxiété baisse plutôt quand on vit des situations qui renforcent la confiance en soi, l’évitement plutôt dans l’expérience de « j’ai dépendu de l’autre, et ça s’est bien passé ».

La « sécurité acquise » (earned security) désigne les personnes dont l’enfance a été difficile et qui ont pourtant développé un attachement sécure à l’âge adulte. L’idée est encourageante, mais discutée : dans un suivi de 23 ans, celles classées « sécurité acquise » d’après leurs souvenirs n’avaient pas nécessairement eu une enfance plus dure. En revanche, celles suivies dès la petite enfance et passées réellement de l’insécurité à la sécurité géraient bien leurs relations intimes une fois adultes (Roisman et al., 2002). Le changement existe, mais mieux vaut ne pas se l’imaginer comme un retournement spectaculaire.

L’attachement évitant n’est pas la personnalité évitante

L’attachement évitant décrit une habitude de distance dans l’intimité, alors que la personnalité évitante (avoidant personality disorder) est un diagnostic qui demande une évaluation professionnelle et touche de nombreux domaines de la vie : les deux ne sont pas équivalents.

Les deux apparaissent souvent ensemble dans les résultats de recherche, et pourtant tout les sépare.

ComparaisonAttachement évitantPersonnalité évitante
Ce que c’estUne tendance en relation, couranteUn diagnostic de trouble de la personnalité
Sentiment centralÊtre mal à l’aise en s’appuyant sur les autres, tout faire seulSe sentir insuffisant, craindre fortement la critique
Rapport à la proximitéSouvent, on se dit qu’on n’a pas trop besoin des autresOn désire le lien, mais on l’évite par peur du rejet
ÉtendueSurtout la vie de coupleTravail, vie sociale et plusieurs autres domaines
Comment savoirQuestionnaire d’auto-évaluation, pour une tendanceÉvaluation par un psychologue ou un psychiatre selon des critères

D’après la Cleveland Clinic, la prévalence de la personnalité évitante aux États-Unis est estimée entre 1,5 % et 2,5 %, et sa prise en charge repose surtout sur la psychothérapie. Son profil, vouloir se rapprocher mais craindre le jugement, ressemble en fait davantage à la case où les deux axes sont hauts qu’à l’évitement simple ; c’est une analogie pour comprendre, pas une correspondance diagnostique. Si c’est le second cas qui te préoccupe, un professionnel est la bonne porte, et aucun test en ligne, y compris le nôtre, ne doit servir à se poser un diagnostic.

Aller vers un attachement plus sécure : exercices par style et quand demander de l’aide

Pour un attachement plus sécure, changer de partenaire aide moins que s’entraîner, quand l’inquiétude monte, à dire les choses clairement plutôt qu’à deviner ou à se cacher, et à chercher un accompagnement quand il le faut.

Un petit exercice convient aux quatre styles. Pendant deux semaines, chaque fois qu’une inquiétude ou une envie de fuir apparaît en relation, note trois choses : ce qui s’est passé de façon factuelle, l’interprétation qui t’est venue toute seule, et ce que tu as réellement fait. Au bout de quelques fois, tes déclencheurs prennent forme, et c’est le premier pas du changement.

Un chat tigré à foulard rouge, assis à son bureau près d’une fenêtre, mordille son crayon en regardant un carnet ouvert et vide ; à côté, un thé chaud et une petite plante
Faits, interprétation, action : à force de noter, les déclencheurs se montrent.

Comme le chat de l’image, inutile d’écrire joliment : quelques mots-clés suffisent, l’essentiel est de noter. Une fois qu’on a noté plusieurs fois, on peut choisir un exercice selon son style. La direction est cohérente avec la recherche : les personnes plus anxieuses ont besoin de sentir leur valeur en dehors de la relation ; les plus évitantes, d’accumuler les expériences du type « j’ai dépendu de l’autre et il ne s’est rien passé de grave » (Arriaga et al., 2018) ; et quand les deux axes sont hauts, les deux expériences servent.

StyleUn exercice pour commencerUne phrase à utiliser telle quelle
AnxieuxQuand l’envie d’écrire en rafale monte, attendre 20 minutes avant de décider« J’ai une petite angoisse aujourd’hui, tu peux me dire bonne nuit avant de dormir ? »
ÉvitantQuand il faut de l’espace, dire à quelle heure on revient« J’ai besoin d’une heure pour souffler, je reviens à 21 h pour qu’on en parle. »
DésorganiséDire la contradiction plutôt que la montrer par ses actes« J’ai très envie de me rapprocher et un peu envie de fuir, ce n’est pas à cause de toi. »
SécureSe laisser aider quand c’est notre tour d’être fragile« J’ai eu une semaine épuisante, ce soir c’est toi qui t’occupes de moi ? »

Quand demander un accompagnement ? Si l’inquiétude ou le chaud-froid en relation pèsent déjà sur ton sommeil, ton travail ou tes amitiés, ou si repenser à certaines expériences passées fait très mal, un psychologue clinicien ou un psychothérapeute est un bon choix. Si tu traverses un moment très dur, ou si tu penses à te faire du mal, tu peux appeler le 3114, numéro national de prévention du suicide, gratuit et joignable 24 h/24 ; en cas de violences ou de menace, appelle le 17 ou le 112.

Pour situer ta position sur les deux axes, le test des styles d’attachement est là, avec des articles complémentaires selon le résultat : attachement sécure, attachement anxieux, attachement évitant ou attachement désorganisé. Le résultat n’est que tes coordonnées du moment sur la carte, et elles bougeront.

Fais le test

Questions fréquentes

Quels sont les quatre styles d’attachement ?

Les quatre styles courants sont l’attachement sécure, anxieux, évitant et désorganisé (aussi appelé craintif ou peur-évitant chez l’adulte). Ils naissent de deux axes : l’anxiété d’attachement, soit la peur d’être abandonné, et l’évitement, soit le malaise face à la dépendance. Deux scores bas donnent le style sécure, une anxiété seule le style anxieux, un évitement seul le style évitant, et deux scores hauts le style désorganisé.

Quelle différence entre attachement et style d’attachement ?

L’attachement est le lien affectif qui unit deux personnes, d’abord un enfant et ses parents. Le style d’attachement décrit la manière dont tu réagis dans ce lien quand tu as peur, quand tu es triste ou stressé : tu te rapproches, tu te retires, ou les deux tour à tour. Les mots varient selon les auteurs : évitant se dit aussi fuyant ou détaché, sécure s’écrit aussi secure.

Un style d’attachement peut-il changer ?

Oui, mais plutôt lentement. Les méta-analyses montrent une stabilité moyenne, qui s’érode avec le temps : au-delà de 15 ans d’écart, le lien statistique disparaît. Les suivis à long terme montrent aussi que l’anxiété et l’évitement baissent en moyenne avec l’âge, et davantage chez les personnes en couple.

L’attachement évitant est-il la même chose que la personnalité évitante ?

Non. L’attachement évitant est une tendance courante à garder ses distances en amour. La personnalité évitante est un diagnostic clinique posé par un professionnel : elle repose sur la conviction d’être insuffisant et sur la peur intense d’être critiqué ou rejeté, et elle touche le travail comme les amitiés.

Un test de style d’attachement est-il fiable ?

Un questionnaire d’auto-évaluation reflète tes tendances du moment en couple, pas un diagnostic. Le résultat bouge avec ta situation, et près de la frontière entre deux types, tu portes les traits des deux. Le plus utile est de s’en servir pour repérer les situations qui déclenchent l’inquiétude ou l’envie de fuir.

Que se passe-t-il quand une personne anxieuse rencontre une personne évitante ?

Le schéma courant est celui de l’un qui poursuit et de l’autre qui se retire : plus l’un cherche à être rassuré, plus l’autre prend de la distance. Une étude de 1994 sur 354 couples américains ne comptait aucun duo anxieux-anxieux ni évitant-évitant, et ceux avec un homme évitant ou une femme anxieuse étaient mal jugés au départ, mais étonnamment stables.

Sources

  1. The origins of attachment theory: John Bowlby and Mary Ainsworth · Developmental Psychology, 28, 759-775 (Bretherton) · 1992 · doi.org
  2. Are adult attachment styles categorical or dimensional? A taxometric analysis of general and relationship-specific attachment orientations · Journal of Personality and Social Psychology, 109, 354-368 (Fraley, Hudson, Heffernan & Segal) · 2015 · doi.org
  3. Attachment styles among young adults: A test of a four-category model · Journal of Personality and Social Psychology, 61, 226-244 (Bartholomew & Horowitz) · 1991 · doi.org
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  1. Patterns of Attachment: A Psychological Study of the Strange Situation · Routledge, réimpression (Ainsworth, Blehar, Waters & Wall, 1re éd. 1978) · 2015 · doi.org
  2. Disorganized attachment in early childhood: Meta-analysis of precursors, concomitants, and sequelae · Development and Psychopathology, 11, 225-250 (van IJzendoorn, Schuengel & Bakermans-Kranenburg) · 1999 · doi.org
  3. Disorganization, fear and attachment: Working towards clarification · Infant Mental Health Journal, 39, 17-29 (Duschinsky) · 2018 · doi.org
  4. Romantic love conceptualized as an attachment process · Journal of Personality and Social Psychology, 52, 511-524 (Hazan & Shaver) · 1987 · doi.org
  5. Self-report measurement of adult romantic attachment: An integrative overview · Guilford Press, dans Simpson & Rholes (dir.), Attachment Theory and Close Relationships (Brennan, Clark & Shaver) · 1998 · labs.psychology.illinois.edu
  6. Attachment orientations and emotion regulation · Current Opinion in Psychology, 25, 6-10 (Mikulincer & Shaver) · 2019 · doi.org
  7. Attachment stability from infancy to adulthood: Meta-analysis and dynamic modeling of developmental mechanisms · Personality and Social Psychology Review, 6, 123-151 (Fraley) · 2002 · doi.org
  8. Meta-analytic evidence for stability in attachments from infancy to early adulthood · Attachment & Human Development, 15, 189-218 (Pinquart, Feußner & Ahnert) · 2013 · doi.org
  9. Longitudinal changes in attachment orientation over a 59-year period · Journal of Personality and Social Psychology, 116, 598-611 (Chopik, Edelstein & Grimm) · 2019 · doi.org
  10. Revising working models across time: Relationship situations that enhance attachment security · Personality and Social Psychology Review, 22, 71-96 (Arriaga, Kumashiro, Simpson & Overall) · 2018 · doi.org
  11. Earned-secure attachment status in retrospect and prospect · Child Development, 73, 1204-1219 (Roisman, Padrón, Sroufe & Egeland) · 2002 · doi.org
  12. Adult attachment in a nationally representative sample · Journal of Personality and Social Psychology, 73, 1092-1106 (Mickelson, Kessler & Shaver) · 1997 · doi.org
  13. Attachment style, gender, and relationship stability: A longitudinal analysis · Journal of Personality and Social Psychology, 66, 502-512 (Kirkpatrick & Davis) · 1994 · doi.org
  14. Avoidant Personality Disorder · Cleveland Clinic · 2023 · my.clevelandclinic.org
  15. 3114, numéro national de prévention du suicide · Ministère chargé de la Santé (France) · 2025 · 3114.fr

Les tests et les articles servent uniquement à l’auto-réflexion : ce sont des outils d’auto-réflexion, pas une évaluation psychologique ni un avis médical. Si tu as besoin d’aide, adresse-toi à un professionnel ou à un service d’écoute de ton pays (en France, le 3114 est le numéro national de prévention du suicide).

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