People pleaser : 4 traits, causes et exercices pour dire non
Équipe éditoriale de Type of You16 min de lecture

L’essentiel
- Être people pleaser, c’est avoir l’habitude de d’abord satisfaire les autres au détriment de soi. C’est une façon apprise d’être en relation, pas un diagnostic psychiatrique.
- L’habitude se découpe en quatre facettes : difficulté à dire non, quête d’approbation, évitement des conflits et « moi en dernier ». Elles ne sont pas forcément au même niveau chez une même personne.
- La recherche distingue se soucier des autres et se soucier d’eux jusqu’à s’exclure soi-même : seul le second est lié à la dépression et à d’autres détresses.
- La réponse fawn, terme du thérapeute Pete Walker, vient du champ du trauma : un refus gêné du quotidien n’a pas à être lu comme un traumatisme.
- On peut commencer par différer sa réponse et s’entraîner à de petits refus ; si tu n’en peux plus ou si tu crains d’être maltraité, un professionnel peut t’aider.
Un people pleaser est une personne qui a l’habitude de satisfaire d’abord les autres et de passer ses propres besoins après, au point d’avoir du mal à dire non, même quand elle n’en a pas envie : c’est une manière apprise d’être en relation, pas un diagnostic psychiatrique. Son portrait se découpe en quatre facettes qui peuvent se regarder séparément, à comparer avec les concepts que la psychologie étudie vraiment, pour voir en quoi il diffère de la gentillesse, de l’attachement anxieux, de la réponse fawn et du trouble de la personnalité dépendante. À la fin, des phrases toutes prêtes pour remplacer un collègue, un déjeuner de famille où l’on te ressert, une commande groupée.
Qu’est-ce qu’un people pleaser ? Un mot courant, pas un diagnostic
Le people pleasing est l’habitude de céder en premier quand ce que les autres attendent heurte ce dont tu as besoin : c’est un mot de la vie courante, et aucun système de diagnostic des troubles psychiques ne porte ce nom.
Le mot connaît plusieurs formulations : « vouloir plaire à tout le monde », « être trop gentil », « complaisance », et en anglais people pleaser. Le terme « personnalité » qu’on lui accole parfois est trompeur : il fait penser à un trouble de la personnalité ou à un caractère qu’on ne pourrait pas changer. Plus juste : c’est un ensemble de réactions qui se déclenchent surtout avec certaines personnes et dans certaines situations, et dont l’intensité change quand on change d’interlocuteur ou d’état.
La recherche emploie très peu le mot « plaire » et étudie plutôt des concepts plus précis. Les termes qu’on confond le plus, côte à côte :
| Terme | D’où il vient | Ce qu’il dit | Est-ce un diagnostic ? |
|---|---|---|---|
| People pleaser | Internet, psychologie grand public | Habitude de satisfaire les autres et de se sacrifier | Non |
| Communion excessive | Recherche de Helgeson et Fritz | Se soucier des autres au point de s’exclure | Non, un trait de personnalité |
| Réponse fawn | Thérapeute Pete Walker | Se soumettre pour être en sécurité face à une menace | Non, un terme d’observation clinique |
| Trouble de la personnalité dépendante | DSM-5-TR | Besoin excessif d’être pris en charge, difficulté à décider seul | Oui, évaluation professionnelle |
La dernière ligne sert souvent à faire peur, et mérite deux précisions. Le cœur du trouble de la personnalité dépendante est le « besoin excessif d’être pris en charge » ; parmi ses critères figurent bien la difficulté à exprimer un désaccord par peur de perdre soutien ou approbation, et le fait de faire des choses désagréables pour obtenir du soutien, ce qui ressemble à de la complaisance. Mais il comprend aussi la difficulté à prendre des décisions ordinaires sans conseils et réassurance en grand nombre, le fait de laisser les autres assumer les grands domaines de sa vie, un profond malaise dans la solitude, etc. Il faut en remplir au moins cinq, de façon durable et générale. Le Manuel Merck estime que moins de 1 % de la population américaine y répond (Zimmerman, Manuel Merck).
Se sentir très arrangeant et remplir ce diagnostic sont deux choses très éloignées. La plupart des gens ont surtout besoin d’ajuster une habitude ; en cas de vraie inquiétude, une évaluation professionnelle vaut mieux que la comparaison avec une liste trouvée sur internet.

Les traits d’un people pleaser : quatre facettes valent mieux qu’une liste à cocher
Les traits d’un people pleaser se rangent en quatre facettes liées entre elles, mais qui ne sont pas forcément au même niveau chez une même personne : difficulté à dire non, quête d’approbation, évitement des conflits, « moi en dernier ».
Les listes en ligne alignent souvent une douzaine de points dont chacun te concerne un peu, et l’on finit par se dire « je coche tout ». Le découpage en quatre facettes permet de voir dans quel genre de situation tu bloques, et donne une direction à l’entraînement.
Difficulté à dire non : un collègue écrit sur WhatsApp : « Tu pourrais me remplacer samedi ? » Avant d’avoir réfléchi, tes doigts ont déjà tapé « Oui, pas de souci ». Cette facette correspond dans la recherche à l’affirmation de soi (assertiveness) : exprimer directement et avec tact ses besoins et ses refus. En passant en revue les travaux, Speed, Goldstein et Goldfried (2018) indiquent qu’un manque d’affirmation de soi est lié à de nombreuses détresses psychologiques, et que l’entraînement à l’affirmation de soi est une intervention utilisable pour différents diagnostics.
Quête d’approbation : un message est resté en « vu » sans réponse, et tu relis ce que tu as écrit pour trouver la faute ; ton chef lance « on peut se parler tout à l’heure ? » et tu es tendu tout l’après-midi. Le concept voisin de la recherche est la sociotropie (sociotropy) : vouloir à tout prix faire plaisir et maintenir l’harmonie. Exline et al. (2012) ont fait une expérience très concrète : des étudiants mangeaient des bonbons avec un autre étudiant ; quand les participants croyaient que l’autre voulait qu’ils mangent aussi, plus leur sociotropie était élevée, plus ils mangeaient, et plus ils disaient vouloir s’aligner sur la quantité de l’autre pour le mettre à l’aise. La scène est familière : la grand-mère ou la tante qui insiste, « reprends-en un peu », et tu reprends alors que tu n’as plus faim.

Évitement des conflits : ta coupe de cheveux ne te plaît pas, mais quand le coiffeur demande « ça vous va comme ça ? », tu réponds avec un sourire « très bien ». Cette facette ressemble au silence de soi (self-silencing) : avaler ses désaccords et son malaise pour préserver la relation. L’échelle de silence de soi de Jack et Dill (1992) était corrélée de façon significative aux scores de dépression dans trois échantillons de femmes : des étudiantes, des résidentes d’un refuge pour femmes battues et des mères en post-partum qui avaient consommé de la cocaïne pendant leur grossesse. Ce sont des corrélations : on ne peut pas dire que se taire mène forcément à la dépression, et les échantillons ne comprennent que des femmes ; mais ce lien apparaît dans des situations très différentes, et avaler durablement ce qu’on pense mérite qu’on y prête attention.
Moi en dernier : quand un ami demande ce que tu veux manger, tu dis « comme tu veux », alors que tu rêves d’un ramen depuis midi ; enrhumé, tu finis quand même ce que tu avais promis aux autres. Cette facette est la plus proche de la communion excessive (unmitigated communion) : se soucier des autres jusqu’à s’oublier.
| Facette | À quoi ça ressemble | Cousin dans la recherche | Profil de notre test |
|---|---|---|---|
| Difficulté à dire non | « Oui, pas de souci » aussitôt à un collègue | Affirmation de soi insuffisante | Loutre du « pas de souci » |
| Quête d’approbation | Un « vu » sans réponse et on se remet en question | Sociotropie | Suricate aux aguets |
| Évitement des conflits | « Très bien » après une coupe ratée | Silence de soi | Capybara désamorceur |
| Moi en dernier | Toujours « comme tu veux » | Communion excessive | Éléphant parapluie |
Notre test people pleaser suit ces quatre facettes, avec 24 questions entièrement originales : aucune ne reprend une des échelles citées dans cet article. Chaque question a cinq réponses, de « tout à fait moi » à « pas du tout moi » ; chaque facette comprend 6 questions, dont 2 formulées à l’envers. Le pourcentage de chacune des quatre facettes, moyenné, donne l’indice people pleaser, rangé en cinq paliers : Libre d’être toi (0 à 29), Plaît de temps en temps (30 à 44), Plaît selon le cas (45 à 59), Plaît beaucoup (60 à 74), Plaire en pilote automatique (75 à 100). La facette la plus marquée détermine lequel des animaux de la dernière colonne du tableau est ton profil.
Nous avons fait vérifier le barème par le calcul du test lui-même, pour t’aider à lire ton score. Le principe : on suppose que chacune des 5 puissance 24 combinaisons de réponses est équiprobable, et l’on calcule exactement leur répartition avec les règles de notre test. Chaque facette n’utilise que ses 6 questions : on compte d’abord les manières d’obtenir chaque score par facette, puis on combine en indice global, ce qui donne des proportions exactes, pas une estimation par échantillon. Si l’on répondait complètement au hasard, 68,1 % des résultats tomberaient dans « Plaît selon le cas » (45 à 59) et 99,8 % entre 30 et 74. Deux autres exemples : répondre « un peu moi » aux 24 questions donne un indice de seulement 58, car les questions inversées le ramènent vers le milieu ; répondre « un peu moi » aux questions dans le sens du people pleasing et « pas vraiment » aux questions inversées donne 75, soit le tout début de « Plaire en pilote automatique ».
Ces chiffres montrent que le milieu est la zone la plus fréquente et qu’il apprend peu de choses ; 75 signifie seulement que tu penches doucement dans la même direction sur tous les fronts, pas que tu vas mal. L’écart entre les quatre facettes en dit plus que le total : il indique par quel type de situation commencer.
Gentil ou people pleaser ? La différence : es-tu dans la liste ?
La frontière entre gentillesse et complaisance, pour la recherche, tient à la question de savoir si tu figures encore sur la liste quand tu t’occupes des autres : se soucier des autres n’est pas lié à la santé mentale, s’en soucier au point de s’exclure est ce qui va avec la dépression et d’autres détresses.
Cette distinction vient de l’article théorique de Helgeson et Fritz (1998). Elles cherchaient à expliquer pourquoi la dépression est plus fréquente chez les femmes et, après avoir passé en revue les travaux existants, montrent que la « communion » traditionnellement mesurée, l’attachement aux relations et le souci de prendre soin, n’est pas liée aux symptômes dépressifs ; ce qui l’est, c’est une autre tendance qu’elles appellent communion excessive : se centrer sur les autres en s’excluant soi-même. La communion excessive va avec la détresse et explique en partie une différence entre les sexes.
La même année, Fritz et Helgeson (1998) ont séparé plus nettement les deux avec quatre études. Les deux traits sont corrélés, mais les personnes à forte communion excessive ont trois particularités de plus : une image d’elles-mêmes plus négative, l’habitude de juger leur valeur d’après les réactions des autres, et davantage de détresse psychologique. Leurs analyses montrent que cet état où l’estime de soi est suspendue aux autres pousse à trop s’impliquer dans leurs affaires et à s’oublier, et que ces deux choses expliquent ensuite d’où vient la détresse.
En langage courant : aider n’a rien de mal, ce qui compte, c’est si tu es encore là quand tu aides. Quand tu t’apprêtes à dire oui, quatre questions aident à trancher :
- Si je refuse cette fois, ce que je crains, c’est que la personne ait vraiment besoin, ou qu’elle m’apprécie moins ?
- Après avoir dit oui, serai-je content, ou vais-je soupirer en douce ?
- Cette semaine, ai-je fait au moins une chose pour moi que personne ne m’avait demandée ?
- Si l’autre savait que je suis épuisé, voudrait-il que je m’accroche ?
Si les deux premières réponses sont souvent la seconde option, cela ressemble davantage à de la complaisance qu’à de la simple serviabilité.

On se demande aussi si une forte agréabilité (agreeableness) dans les Big Five est la même chose qu’être people pleaser. Les deux se recoupent sans se confondre : l’agréabilité décrit une tendance à la prévenance et à la coopération, et une personne très agréable peut être facile à vivre tout en sachant dire non ; le modèle des Big Five détaille ses cinq traits. Le type 2 de l’ennéagramme, l’aidant, est aussi souvent mis en parallèle : il insiste sur la motivation d’être aimé et nécessaire, alors que les comportements de complaisance se rencontrent aussi dans d’autres types ; l’article sur l’ennéagramme donne la peur centrale de chaque type pour comparer.
D’où vient le besoin de plaire ? Enfance, normes de réciprocité et récompense immédiate du « oui »
Le people pleasing n’a en général pas de cause unique : il se construit couche après couche, avec les expériences précoces, les règles culturelles et le soulagement immédiat de chaque « oui ».
L’enfance : c’est l’explication la plus citée, mais les preuves sont moins solides que sur internet. Les articles de psychologues décrivent plusieurs situations : n’être félicité que quand on est sage ou bon élève ; grandir avec des adultes aux humeurs changeantes et devoir lire leur visage ; être chargé très tôt des émotions de ses parents. Ces descriptions sont courantes en clinique et sans doute justes, mais elles viennent surtout de cas individuels et de récits rétrospectifs, sans suivi depuis l’enfance. Même Helgeson et Fritz (1998), à l’origine de la théorie de la communion excessive, emploient le ton de la supposition pour parler des causes. Si tu te reconnais dans ces descriptions, prends-les comme une piste pour comprendre, sans te hâter de faire le procès de ta famille.
Les normes de réciprocité : selon les cultures, refuser coûte plus ou moins cher. Le psychologue Hwang (1987), analysant les relations interpersonnelles dans les sociétés chinoises, montre que les règles de réciprocité y sont très fortes, façonnées par la proximité ou la distance des liens, le caractère public des obligations et des échanges de faveurs sur de longues périodes, et que l’on entretient soigneusement sa « face » pour les maintenir. Nous n’avons pas de recherche équivalente sur la France, et les mécanismes de réciprocité se retrouvent partout ; mais les situations sont familières : un cousin qui demande un prêt, la cagnotte pour le cadeau d’un collègue, la commande groupée du groupe WhatsApp. Refuser met alors en jeu tout un réseau de liens, pas seulement une chose, et certains « oui » sont un scénario culturel qui tourne, pas un problème personnel.

Pour distinguer culture et habitude, regarde si tu y arrives dans des situations sans enjeu. Ne pas oser dire non à un proche est normal ; si tu n’oses pas dire que ton café est mal dosé, que ta coupe est ratée ou que le colis n’est pas la bonne taille, cela ressemble davantage à une habitude personnelle.
L’attachement anxieux : il recoupe le people pleasing, mais pas sur le même périmètre. Une personne à l’attachement anxieux craint de perdre ceux qui lui sont proches, donc elle s’aligne et s’excuse vite dans la relation ; l’article sur l’attachement anxieux explique comment fonctionne son système d’alarme. La différence : l’attachement décrit un schéma avec un petit nombre de personnes intimes, alors que le people pleasing s’étend aux vendeurs, aux coiffeurs, aux collègues peu proches. Si le tien apparaît surtout en amour, les styles d’attachement donnent la vue d’ensemble.
La récompense immédiate : chaque « oui » ajoute des points à l’habitude. Dans la deuxième étude d’Exline et al. (2012), les personnes à forte sociotropie étaient plus inquiètes et plus mal à l’aise dans ce type de situation, et cette inquiétude prédisait qu’elles disaient plus souvent qu’elles mangeraient davantage sous la pression. On peut résumer cela en un cycle en quatre temps, pour le reconnaître au quotidien :
- Une demande ou une attente apparaît : un collègue demande un remplacement, le ou la partenaire fronce les sourcils.
- Ça se serre à l’intérieur : peur de décevoir, peur que l’ambiance se tende.
- On dit oui ou l’on s’excuse d’abord : la tension retombe aussitôt.
- La fois suivante, dire non est plus dur : « dire oui » a marché.
Le soulagement de l’étape 3 est réel, et c’est pourquoi le cycle tient si bien. Le point d’entrée est en général entre les étapes 2 et 3 : se laisser un peu de temps.
Qu’est-ce que la réponse fawn ? Distinguer avant d’emprunter le langage du trauma
La réponse fawn est un terme clinique proposé en 2003 par le psychothérapeute Pete Walker : se soumettre et flatter pour obtenir la sécurité face à une menace. Elle ne figure pas dans le DSM et ne correspond pas à un refus gêné du quotidien.
Les réactions de stress connues sont combattre, fuir, se figer (fight, flight, freeze). Dans son article de The East Bay Therapist, Walker (2003) donne le nom de fawn à une quatrième réaction observée en clinique : apaiser une personne dangereuse par la complaisance et la flatterie. Son contexte est le trauma complexe : un enfant élevé dans une famille peu sûre découvre que protester attire plus de mal, et apprend à renoncer à s’exprimer pour se rendre utile et attentionné. Il définit aussi la codépendance comme l’incapacité à exprimer ses droits, ses besoins et ses limites dans une relation, et voit son origine dans la réponse fawn.
Ce concept aide beaucoup de gens à se comprendre, mais il est aussi très facile à employer à outrance. Le tableau est un repère d’observation de notre équipe, pas un outil de diagnostic : il aide à distinguer la complaisance du quotidien d’une réaction plus proche du fawn.
| Ce qu’on regarde | Complaisance du quotidien | Plus proche du fawn |
|---|---|---|
| Ressenti derrière | Gêne, peur de l’embarras | Peur, corps tendu ou glacé |
| Personne concernée | La plupart des gens | Surtout ceux qui t’ont déjà fait du mal |
| Comment vient le « oui » | On hésite, on sait qu’on cède | Automatique, on s’aperçoit après qu’on a encore accepté |
| Marge de choix | Calmé, on sait qu’on peut refuser | Refuser semble dangereux |
Si la colonne de droite te ressemble davantage, surtout avec une personne précise, cela dépasse ce qu’on peut travailler seul : parler à un psychologue formé au trauma ou à un médecin est conseillé. Si tu vis dans une relation où tu es menacé ou blessé, la sécurité passe d’abord : en cas de danger immédiat, appelle le 17 ou le 112 ; pour les violences conjugales, le 3919 est un numéro d’écoute et d’orientation pour les femmes, gratuit.
Comment arrêter d’être un people pleaser ? Commencer par un « oui » un peu plus tard
Sortir du people pleasing ne demande pas de devenir froid : il s’agit d’allonger la seconde où le « oui » part tout seul pour te laisser le choix, et l’entraînement à l’affirmation de soi est une méthode aux preuves plutôt solides.
La revue de Speed et al. (2018) rappelle que l’entraînement à l’affirmation de soi fut un sujet de recherche populaire en psychothérapie ; même s’il a été peu étudié ces dernières années, les preuves accumulées montrent qu’il aide dans de nombreuses difficultés cliniques. Sa méthode va dans le sens des exercices suivants : partir de petites choses sans risque, et faire de l’expression de ses besoins un geste familier, pas à pas.
Étape 1, différer la réponse : pas besoin de refuser, seulement de ne pas répondre à la seconde. « Je regarde mon agenda et je te dis » est une phrase quasi sans risque, qui glisse une pause entre les étapes 2 et 3 pour voir si tu as envie d’aider ou si tu es simplement gêné de ne pas le faire.

Étape 2, dire non à une petite chose : une commande groupée qui ne t’intéresse pas, un deuxième bar où tu n’as pas envie d’aller : ce sont de bons exercices. Une fois le refus dit, regarde la vraie réaction de l’autre ; souvent, elle est plus banale que tu ne l’imaginais.
Étape 3, exprimer un besoin : commence par le plus petit : « j’ai envie d’un ramen », « cette fois, je voudrais rentrer tôt », pour te remettre dans les options.
Quelques situations courantes, avec la réponse en pilote automatique et ce qu’on peut dire à la place :
| Situation | Réponse en pilote automatique | À dire plutôt |
|---|---|---|
| Un collègue demande un remplacement samedi | Oui, pas de souci | Je regarde mon agenda, je te dis ça tout à l’heure |
| Commande groupée dans le groupe | Oui, mets-moi une part | Pas cette fois, la prochaine si j’en ai besoin |
| Une tante te ressert | Oui, merci | Je n’ai vraiment plus faim, c’est délicieux, j’en emporte pour demain |
| Le coiffeur demande si ça va | Très bien | Je voudrais la frange un tout petit peu plus courte |
| Le vendredi après-midi, une urgence tombe | Je le termine aujourd’hui | J’ai encore le dossier A, par lequel je commence ? |
| Le ou la partenaire demande si tu es fâché | Non, ce n’est rien | Un peu, je voudrais t’en parler tout à l’heure, au calme |
Le premier exercice à faire n’est pas le même selon le profil. La Loutre du « pas de souci » commence par différer sa réponse ; le Suricate aux aguets, par remplacer sa supposition par une question comme « ça va ? » ; le Capybara désamorceur, par un tout petit désaccord ; l’Éléphant parapluie, par dire chaque jour un « je veux ».
Au début de l’entraînement, il est très courant de se sentir coupable après un refus : c’est la réaction d’une vieille habitude interrompue, pas la preuve que tu as mal fait. Après quelques essais, cet inconfort diminue en général peu à peu.
Et maintenant ? Ce que tu peux faire cette semaine, et quand demander de l’aide
Repérer la facette où se concentre ton besoin de plaire, puis travailler pendant deux semaines une situation fréquente, sert bien plus que de vouloir tout changer d’un coup.
Pour commencer cette semaine :
- Fais le test people pleaser sans te soucier du total : regarde la plus longue des quatre barres.
- Choisis dans le tableau de phrases celle qui te servira le plus souvent et enregistre-la dans les notes de ton téléphone, pour la dire telle quelle.
- Chaque soir, note une chose que tu as avalée ou acceptée à contrecœur ; note seulement, sans te juger. Au bout de deux semaines, elles se concentrent en général sur quelques personnes et quelques types de situations.
Si le besoin de plaire te fait mal dormir depuis longtemps, si tu es souvent à bout, si tu as l’impression de disparaître dans les besoins des autres, ou si une personne précise te fait peur, en parler à un médecin ou à un psychologue est une façon très concrète de prendre soin de toi. En cas de pensées de te faire du mal, appelle le 3114, gratuit, 24 h/24.
Cette habitude t’a sans doute valu beaucoup de sympathie et de sécurité, et tu n’as pas à la jeter en bloc : il suffit de te demander, avant chaque « oui », si tu en as envie.
Fais le test
Questions fréquentes
Le people pleasing est-il une maladie ?
Non. C’est un terme du langage courant et de la psychologie populaire, absent des systèmes de diagnostic comme le DSM. Il décrit une habitude apprise qui varie selon la personne en face, le stress et l’âge. Le diagnostic le plus proche est le trouble de la personnalité dépendante, un mode grave où l’on a un besoin excessif d’être pris en charge et du mal à décider seul ; il concerne moins de 1 % des gens et demande une évaluation professionnelle.
Quel est l’équivalent français de people pleaser ?
On emploie surtout l’anglicisme people pleaser, et l’on parle de « vouloir plaire à tout le monde » ou de « complaisance ». La recherche utilise peu ce mot et lui préfère des concepts plus précis, comme la communion excessive (unmitigated communion) et le silence de soi (self-silencing). La réponse fawn, elle, vient du vocabulaire du trauma.
D’où vient le besoin de plaire ?
Rarement d’une seule cause. On avance souvent qu’enfant, on n’était valorisé que sage et raisonnable, ou qu’il fallait lire l’humeur des adultes pour être en sécurité ; ces idées viennent surtout de l’observation clinique et manquent de suivis dans le temps. Les normes de réciprocité, qui varient selon les cultures, pèsent aussi, et chaque « oui » qui soulage un instant renforce l’habitude.
À quoi ressemble un people pleaser en amour ?
On n’ose pas dire ce dont on a besoin, on s’excuse dès que l’autre se tait, on répond « comme tu veux » pour le lieu du rendez-vous ou le repas, puis les rancœurs s’accumulent jusqu’à une explosion. Si tu crains surtout que l’autre parte et cherches sans cesse à être rassuré, cela peut recouper l’attachement anxieux : l’article sur ce sujet aide à voir ce qui te ressemble.
Un people pleaser correspond-il au type 2 de l’ennéagramme ?
Pas tout à fait. Le type 2, l’aidant, est décrit comme motivé par le désir d’être aimé et nécessaire, ce qui ressemble beaucoup à de la complaisance. Mais le people pleasing peut aussi apparaître chez d’autres types, par exemple le 9, qui cède pour préserver la paix. L’ennéagramme reste un outil descriptif aux preuves limitées : utile pour comparer ses motivations, pas pour conclure.
Comment arrêter d’être un people pleaser ?
Inutile d’arrêter d’être gentil : il s’agit de corriger le « oui » automatique. Commence par différer ta réponse (« Je regarde mon agenda et je te dis »), puis entraîne-toi à refuser une petite chose sans risque en observant la vraie réaction de l’autre, enfin à exprimer un besoin. L’entraînement à l’affirmation de soi a de bonnes preuves en psychothérapie, et un psychologue peut t’accompagner si tu bloques.
Sources
- A Theory of Unmitigated Communion · Personality and Social Psychology Review, 2, 173-183 (Helgeson & Fritz) · 1998 · doi.org
- Distinctions of unmitigated communion from communion: Self-neglect and overinvolvement with others · Journal of Personality and Social Psychology, 75, 121-140 (Fritz & Helgeson) · 1998 · doi.org
- The Silencing the Self Scale: Schemas of Intimacy Associated With Depression in Women · Psychology of Women Quarterly, 16, 97-106 (Jack & Dill) · 1992 · doi.org
Afficher les 7 autresRéduire
- People-Pleasing Through Eating: Sociotropy Predicts Greater Eating in Response to Perceived Social Pressure · Journal of Social and Clinical Psychology, 31, 169-193 (Exline, Zell, Bratslavsky, Hamilton & Swenson) · 2012 · doi.org
- Assertiveness training: A forgotten evidence-based treatment · Clinical Psychology: Science and Practice, 25, e12216 (Speed, Goldstein & Goldfried) · 2018 · doi.org
- Face and Favor: The Chinese Power Game · American Journal of Sociology, 92, 944-974 (Hwang) · 1987 · doi.org
- Codependency, Trauma and the Fawn Response · The East Bay Therapist (Pete Walker) · 2003 · www.pete-walker.com
- Dependent Personality Disorder (DPD) · Merck Manual Professional Edition (Mark Zimmerman) · 2026 · www.merckmanuals.com
- 3114, numéro national de prévention du suicide · Ministère chargé de la Santé (France) · 2025 · 3114.fr
- Violences conjugales · Service-public.fr (Direction de l’information légale et administrative) · 2026 · www.service-public.fr
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